Escapade vers un futur incertain
Les pertes du Bomber Command dans le département de la Marne
 

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Préambule
 
- Tant qu'une personne se souvient de toi, tu ne meurs jamais -

 

 

Cher visiteur,

Souhaitant, à travers ce site, préserver la mémoire de ces aviateurs qui furent impliqués dans des événements tragiques survenus au-dessus de mon département, il m'est apparu opportun d'introduire, en guise de préambule, une courte évocation de ce que fut et de ce que fit le Bomber Command au cours de la Seconde guerre mondiale.
Nécessairement incomplet aux yeux des spécialistes, cette page vise avant tout à familiariser les simples amateurs dont je suis avec cette force aérienne
.

 

Historique (succinct) du RAF Bomber Command
Les pertes dans le département de la Marne
Tableaux synthétiques des pertes dans la Marne

 
 

Le RAF Bomber Command

Dans l'organigramme de la Royal Air Force (l'équivalent britannique de notre Armée de l'Air) le Bomber Command né au cours de l'année 1936 lorsque la RAF est scindée en quatre Command (commandement) que sont le Fighter Command (la Chasse), le Coastal Command (commandement côtier), le Training Command (entraînement des équipages) et le Bomber Command.

Ce dernier est alors la branche aérienne en charge d'exécuter les bombardements et se subdivise lui même en cinq Group (ou Escadre), à savoir les No. 1, 2, 3, 4 et 5 Group, constitués chacun par ailleurs de plusieurs Squadron (ou Groupes).

A la veille de l'entrée en guerre, le RAF Bomber Command dispose, pour accomplir sa mission, de cinq types majeurs d'appareils qui, bien que récemment entrés en service, n'en sont pas moins pour autant obsolète pour la plupart. Ainsi, le bombardement tactique, c'est à dire l'attaque de cibles situées directement sur le champ de bataille ou sur ses abords immédiats, met-il en œuvre deux bombardiers dits légers que sont :

- le Fairey Battle, un monomoteur triplace à aile basse ;
- le Bristol Blenheim, un bimoteur triplace à aile basse.

Quant au bombardement stratégique, c'est à dire l'attaque de cibles éloignées du champ de bataille, telle que les usines d'armements, raffineries, dépôts, cantonnements, etc., il comprend trois types de bombardiers moyens, tous bimoteurs :

- le Handley Page Hampden ;
- le Armstrong Withworth Whitley ;
- le Vickers Wellington.

L'ensemble de ces appareils, placé sous l'autorité de l'Air Chief Marshal Sir Edgar Ludlow-Hewitt, étant réparti comme suit :

No. 1 Group
No. 2 Group
No. 3 Group
No. 4 Group
No. 5 Group
Fairey
Battle
 
Bristol
Blenheim
 
Vickers
Wellington
 
Armstrong Withworth
Whitley
 
Handley Page
Hampden
                 
Squadron :
Squadron :
Squadron :
Squadron :
Squadron :
12
15
40
88
(non opérationnel) 98
103
105
142
150
218
226
 
21
87
(non opérationnel) 101
107
110
114
139
 
9
37
38
99
115
149
(non opérationnel) 214
(non opérationnel) 215
 
10
51
58
77
(non opérationnel) 78
102
 
44
49
50
61
83
(non opérationnel) 106
144
(non opérationnel) 185


Toutefois, l'invasion allemande de la Pologne, le vendredi 1er septembre 1939, entraîne la dissolution administrative du No. 1 Group, dont les appareils vont alors constituer une nouvelle force aérienne appelée Advanced Air Striking Force (AASF), ou force de frappe aérienne avancée.

Déployée en France dès le samedi 2 septembre 1939 en vertu d'un accord de coopération militaire passé entre nos deux pays, l'AASF, placée sous l'autorité de l'Air-Vice Marshal Playfair, se voit confier les missions de reconnaissances et de bombardement tactique. Elle reste cependant totalement indépendante du British Expeditionary Force (BEF), ou Corps Expéditionnaire Britannique (CEB) qui est chargé de prendre part aux combats terrestres aux côtés des troupes françaises. Par la suite, des transferts auront encore lieu entre l'AASF et d'autres Group, les Blenheim des No. 114 et 139 Sqn. venant renforcer les Battle sur le continent.

Le dimanche 3 septembre 1939 l'Allemagne n'ayant pas donné suite aux demandes des gouvernements britanniques et français de retirer ses troupes de Pologne, nos deux nations lui déclarent la guerre. Le jour même, le Bomber Command accomplit sa première opération par l'intermédiaire d'un Blenheim qui tente de localiser la flotte allemande en Mer du Nord. La nuit venue, ce sont cette fois des Whitley qui s'en vont bombarder l'Allemagne.

Toutefois, les belligérants, soucieux de ne pas se provoquer mutuellement(!) (l'Allemagne est alors engagée en Pologne et n'a pas les moyens de faire simultanément face à une offensive à l'Ouest tandis que la Grande-Bretagne et la France ne sont pas prêtes), vont opter pour une certaine forme de "neutralité". Ainsi, ce ne sont pas des bombes qui seront déversées sur le territoire de l'adversaire mais des tracts !

Selon les sources, cette politique aurait été retenue à la suite de l'intervention personnelle du président des États-Unis d'Amérique demandant que les villes non défendues ou les cibles implantées à proximité de population civile ne soient pas attaqués ! Mais d'autres évoquent la possibilité que ce soit la crainte d'une réplique allemande sur les villes anglaises qui ait été à l'origine de cette décision.

Quoi qu'il en soit dans les faits, ce choix ne laisse comme cible potentielle au Bomber Command que le largage de tracts ou l'attaque des navires de guerre en haute mer ! Cette situation va par ailleurs perdurer jusqu'au bombardement allemand de Rotterdam le 14 mars 1940.

Mais entre-temps, la théorie en vigueur à l'époque, voulant que les bombardiers opérant de jour soit à même de se défendre seuls contre les chasseurs adverses, aura été battue en brèche. Ainsi, dès le lundi 4 septembre 1939, 4 Blenheim du No. 107 Sqn. ne rentrent pas de mission. Le vendredi 29 septembre, ce sont 5 Hampden du No. 144 Sqn. qui sont abattus. Le lendemain, samedi 30 septembre, 5 Battle du No. 150 Sqn., employés dans le cadre de reconnaissances au-delà de la ligne Maginot sont détruits. Le jeudi 14 décembre, 6 Wellington du No. 99 Sqn. sont perdus. Quatre jours plus tard, le lundi 18 décembre, 12 Wellington des No. 9, 37 et 149 Sqn. succombent sous les coups combinés de la Flak et des Messerschmitt Bf. 109 allemands !

Face à ces pertes, qui ne représentent que la partie émergée de l'Iceberg, la décision est prise de ne plus faire opérer le Bomber Command que de nuit, exception faite pour quelques missions. Le bombardement britannique entre ainsi dans une nouvelle ère. Toutefois si ce choix permet de préserver la vie de nombreux équipages, il ne va pas sans inconvénients, notamment quant à la précision et l'efficacité des opérations. Car la navigation et le bombardement nocturne sont d'autant plus difficiles que les moyens mis en œuvre pour y parvenir sont rudimentaires.

Malgré tout, l'offensive allemande, déclenchée sur le front Ouest le vendredi 10 mai 1940, contraint les appareils du Bomber Command et de l'AASF a opérer de nouveau au grand jour pour tenter d'endiguer la marche en avant des armées du Reich. Ces opérations vont occasionner de lourdes pertes, notamment dans les rangs des Battle dont les équipages n'ont pas démérité, loin s'en faut. Mais le Battle n'est décidément pas de taille à affronter la Flak ou la Luftwaffe ce qui lui vaudra d'être retiré des unités de premières lignes après la Bataille de France.

Celle-ci s'étant achevé sur une défaite retentissante, dès fin juin 1940 la Grande-Bretagne se retrouve à lutter seule. Mais son armée de terre ayant du retraiter précipitamment jusqu'à Dunkerque d'où elle a évacué le continent en y abandonnant la quasi-totalité de son armement, le potentiel militaire de cette dernière est au plus bas. Dès lors le sort de la Grande-Bretagne ne repose plus que sur les seules forces combattantes de la Royal Navy et de la Royal Air Force.

Si la Bataille d'Angleterre met principalement l'accent sur le Fighter Command, le Bomber Command prend néanmoins toute sa part dans la défense du territoire national, en attaquant les terrains d'aviations allemands, les barges de débarquement rassemblés dans les ports de la côte ou les infrastructures nécessaires aux opérations allemandes en cours. Là encore, les pertes seront élevées parmi les équipages qui attaqueront de jour...

Mais lorsque cette bataille s'achève en octobre 1940, seul le Bomber Command est désormais en mesure de porter la guerre sur le sol de l'adversaire. A cette époque, son commandant en chef devient l'Air Marshal Sir Richard Peirse. Toutefois, le bombardement accidentel de Londres, dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 août, aura eu des répercussions sur le déroulement des opérations aériennes puisque Winston Churchill ordonnera que Berlin soit bombardée à titre de représailles, auxquelles les allemands répondront par de nouvelles attaques sur les villes anglaises qui se ponctueront par de nouveaux raids britanniques sur les cités allemandes... Désormais, le Blitz était lancé.

Mais à partir de mars 1941, la menace que font peser les U-Boat (les sous-marins allemands) sur les lignes de ravitaillement de la Grande-Bretagne en torpillant de nombreux navires dans l'Atlantique, vont contraindre les politiques à concentrer l'action du Bomber Command sur les bases sous-marines et les lieux de productions de cette arme et ce jusqu'en juillet de la même année.

Cependant, alors que les responsables britanniques sont convaincus de la réelle efficacité de leurs bombardements stratégiques nocturnes, l'année 1941 va démontrer qu'il n'en est rien ! L'invasion de l'URSS laisse apparaître que l'effort de guerre allemand n'a pas été entamé par les attaques anglaises, l'étude du rapport Butt précisant même que sur l'ensemble des bombardiers ayant opéré sur la Ruhr entre juin et juillet 1941, un sur dix seulement a largué ses bombes à moins de 8 kilomètres de la cible !

Cette révélation fait l'effet d'une véritable bombe dont le souffle fait vaciller le Bomber Command, au point d'en remettre en cause l'existence même. Ainsi, certains de ses détracteurs vont jusqu'à demander sa dissolution et la réaffectation de ses moyens humains et matériels à d'autres secteurs de l'armée ! Finalement, il faut attendre le mois d'avril 1942 pour qu'une réponse soit apportée à cette situation.

Entre temps, l'automne de l'année 1941 verra le Ministère de l'Air britannique prendre la décision de procéder prioritairement au bombardement de zones au détriment des raids dits de précisons, dans l'espoir d'augmenter ainsi considérablement les dommages causés à l'adversaire en atteignant à la fois son industrie et le moral de sa population. Cette décision entrera en application le samedi 14 février 1942.

L'année 1942 marque toutefois un tournant dans l'histoire du Bomber Command qui voit désormais entrer en service des bombardiers lourds tels que le Short Stirling, le Handley-Page Halifax ou le Avro Lancaster, tous quadrimoteurs et tous dotés d'une forte capacité d'emport en bombes. Apparaissent également de nouveaux systèmes de navigation et de bombardements facilitant la localisation des cibles, ainsi que la nomination d'un nouveau responsable, l'Air Marshal Sir Arthur Harris qui va donner une nouvelle impulsion au Bomber Command.

Néanmoins lorsque ce dernier prend ses fonctions le dimanche 22 février 1942, la directive instaurant le bombardement de zones est déjà entrée en application. Visant plus particulièrement 58 des principales villes industrielles allemandes, cette politique est basée sur l'idée que la destruction systématique de leur habitat, fragilisera notamment le moral des ouvriers de l'industrie et, partant de là, la volonté ainsi que la capacité des populations à poursuivre la guerre.

Souhaitant relever l'image du Bomber Command après la grave crise que ce dernier a traversé, Sir Arthur Harris entreprend de rassembler la totalité des bombardiers disponibles, y compris les appareils et les équipages des écoles d'entraînement, pour les envoyer à l'assaut d'une même cible. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire, la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 1942 voit converger sur la ville allemande de Cologne une force de 1 000 bombardiers !

A l'issu de ce raid, les équipages en ressortent avec un moral regonflé et ceux qui, en Grande-Bretagne, doutaient de l'efficacité du Bomber Command lui réaccorde leur confiance.

Puis, le samedi 15 août 1942 voit intervenir la naissance de la Path Finder Force (PFF) qui est la réponse apportée par le bombardement britannique aux difficultés rencontrées par les équipages pour localiser leurs cibles. La PFF va en effet regrouper l'élite des équipages du Bomber Command (notamment les navigateurs et les bombardiers) au sein d'une même force aérienne susceptible de baliser très précisément l'objectif à l'aide de Target Indicator (TI sorte de feux de Bengale extrêmement lumineux) pour le compte d'autres bombardiers. De plus, tout au long du raid l'action de ces derniers sera contrôlée par un Master Bomber, chargé de veiller à la précision du bombardement.

Et pour accroître son efficacité, cette force se verra dotée, tout au long de son existence, des innovations technologiques les plus performantes en matière de systèmes de radars de bombardement ou d'aide à la navigation tel que les Gee (système de navigation permettant de se situer dans l'espace à partir d'émissions radios), Oboe (système de bombardement fonctionnant par ondes radios) et, H2S (radar de navigation/bombardement autonome)...

Après des débuts rendus difficiles par les conditions météorologiques défavorables rencontrées, la Path Finder Force ne tarde cependant pas à faire la preuve de son efficacité.

Désormais, équipé de nouveaux appareils et disposant d'un nombre sans arrêt croissant de Squadron, le Bomber Command ne cessera plus, entre 1942 et 1943, de harceler les villes allemandes tout autant que les cités d'Europe lors de plusieurs phases offensives telles que les Batailles de la Ruhr, de Hambourg ou de Berlin.

Mais le vendredi 14 avril 1944, le Bomber Command perd son indépendance d'action et passe sous l'autorité du SHAEF, le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Forces en charge des opérations du futur débarquement. Bien que son chef, Sir Arthur Harris ait vainement tenté de résister, arguant que la poursuite des bombardements sur les villes allemandes affaiblirait considérablement l'adversaire, le SHAEF opta pour une autre politique d'action.

Désormais les bombardiers lourds de la 8th US Air Force et le Bomber Command de la RAF opéreront dans le cadre du Transportation Plan, pour Plan des moyens de transports, visant à détruire l'ensemble des moyens de communication employés par l'occupant tels que les trains, gares de triage, nœuds ferroviaires, ouvrages d'art, véhicules divers etc. mais également toutes infrastructures au service de l'ennemi comme les dépôts, casernements etc. et ce, jusqu'à la mi-septembre 1944.

Dès lors, ayant retrouvé sa liberté de mouvement, le Bomber Command reprend son offensive sur l'Allemagne jusqu'à la capitulation finale.

Lorsque le conflit s'achève en Europe, le mercredi 8 mai 1945, le Bomber Command aura été, côté allié, la seule force à avoir combattu sans interruption tout au long de la guerre. Mais son action se prolongera encore par le biais d'opérations visant à ravitailler certaines des populations européennes privées d'approvisionnement ou de rapatriement des prisonniers de guerre dans leurs pays respectifs.

Ainsi, le Bomber Command aura effectué un total de 387 416 sorties, perdant par la même occasion 8 953 bombardiers. Des quelques 125 000 aviateurs qui servirent dans ses rangs, près de 60% d'entre-eux furent mis hors de combat, tués, blessés ou faits prisonniers, ce qui représente 73 741 victimes dont 55 500 trouveront la mort.

Les pertes du RAF Bomber Command dans la Marne

Geographical position of the Marne area in France

Pour le seul département de la Marne et à l'exclusion des autres forces aériennes (U.S. Air Force, Armée de l'Air ou Luftwaffe), le total des pertes en bombardiers se monte à 82 appareils que l'on peut répartir comme suit :

13 Battle de l'Advanced Air Striking Force (pour mémoire anciennement No. 1 Group) ;
68 Blenheim, Whitley, Wellington, Stirling, Halifax, et Lancaster du Bomber Command ;
_1 Mosquito de la 2nd Tactical Air Force (pour mémoire, la 2nd TAF a absorbé le No. 2 Group).

Bien qu'élevé, ce chiffre est toutefois loin d'être comparable à celui des bombardiers tombés en Belgique, aux Pays-Bas, dans le Nord de la France ou en Mer du Nord, route menant traditionnellement à l'Allemagne.

L'on constate que pour les aviateurs, la "Drôle de guerre" (3 septembre 1939 - 9 mai 1940) n'a rien eu de "drôle" puisque 11 appareils se sont abattus dans la Marne suite, essentiellement, à des vols d'entraînement. Inversement, seul 5 bombardiers y seront perdus lors de la campagne de France (10 mai - 25 juin 1940).

Ce chiffre relativement faible au demeurant, s'explique aisément par le fait que les britanniques sont très rapidement intervenus aux endroits névralgiques de l'invasion, secteur de Sedan, du Luxembourg, de la Belgique, où les Battle notamment ont souffert d'un très haut niveau de pertes. Dès lors qu'ils opéraient et étaient interceptés hors du département, rares sont ceux qui ont pu échapper à leurs poursuivants et regagner leur terrain champenois... même fortement endommagés. Dès lors, ils ne pouvaient qu'être peu nombreux à revenir s'abattre dans la Marne.

De plus, dès le mercredi 15 mai 1940, sous la pression des événements, l'état-major britannique fut contraint de procéder à l'évacuation de l'ensemble des terrains du département, désormais trop exposés aux coups de l'adversaire.

Malgré tout, il convient de signaler à celles et ceux qui, aujourd'hui encore, croient fermement que notre allié nous a alors abandonné, qu'il n'en est rien ; repli ne signifiant pas pour autant abandon des opérations. Ainsi, le dimanche 9 juin 1940, le Hawker Hurricane Mk. I (S/n P2767) du Pilot Officer Donald Garfield MacQueen, un aviateur canadien servant au sein du No. 242 Squadron, était-il abattu à Courtisols, son pilote trouvant la mort au cours de cette action.

Puis, dans l'après-midi du jeudi 13 juin 1940, tandis qu'une forte concentration de blindés allemands était signalée à proximité de la forêt de Gault (encore orthographiée Gaux), plusieurs unités du Bomber Command, dépêchées de Grande-Bretagne, ainsi que des Squadron de l'AASF, intervenaient sur l'objectif y perdant 12 des leurs pour cette seule cible.

A 8 jours de la signature de l'Armistice franco-allemand du vendredi 21 juin 1940, c'est bien la preuve qu'en cette période tardive du conflit, l'allié tant décrié par la suite participait toujours activement à la défense de la France !

Par la suite, la chute de la France suivie de la Bataille d'Angleterre éloignent le Bomber Command de notre département, d'autant plus qu'aucune cible vitale n'y est implantée. En 1941, un seul bombardier y est perdu sur défaillance technique au retour d'une mission sur l'Italie.

En 1942, à l'occasion de raids visant des villes du Sud de l'Allemagne (Francfort, Sarrebruck et Munich), 4 appareils sont abattus dans la Marne, tous relevant de la toute nouvelle Path Finder Force. L'explication tient peut-être au fait que la PFF, chargée de baliser la cible pour le compte d'autres bombardiers, précède ces derniers tout au long du vol devant les mener jusqu'à l'objectif. A ce titre, ses appareils sont donc les premiers à pénétrer les zones de défenses radars mises en place par les allemands et, partant de là, les premiers a être interceptés par leurs chasseurs de nuit.

En 1943, le Bomber Command, désormais équipé de bombardiers plus modernes et disposant d'effectifs en plus grand nombre, intensifie ses opérations sur l'Allemagne. Ceci se traduit inévitablement par une hausse des pertes sur notre département et la Marne enregistre ainsi pour l'année 1943, la destruction de 20 appareils. On peut noter là encore que les cibles visées sont toutes implantées dans le Sud du Reich (Munich, Stuttgart, Mannheim et sa voisine Ludwigshafen) ou dans le Sud-est de l'Europe occupée avec Pilsen (Tchécoslovaquie).

Mais le pire est à venir puisqu'en 1944, avec la mise en application du Transportation Plan qui vise à paralyser l'ensemble des moyens de communication employés par l'occupant (trains, gares de triage, nœuds ferroviaires, ouvrages d'art, etc.) mais également toutes infrastructures au service de l'ennemi (dépôts, casernements, etc.), la Marne voit le nombre des incursions alliés augmenter considérablement et comptabilisera ainsi la destruction de 40 appareils !

Deux raids seront d'ailleurs particulièrement meurtriers, puisqu'à l'occasion de l'attaque de Mailly-le-Camp, dans le département voisin de l'Aube, puis de celle de Revigny-sur-Ornain, dans la Meuse toute proche, 24 bombardiers s'abattront dans le seul département de la Marne, pour un total de 67 appareils perdus !

Enfin, l'année 1945 se clôturera par la destruction d'un unique Lancaster.

Cependant, ces pertes masquent un chiffre bien plus dramatique encore. Car ces 82 appareils étaient servis par quelques 509 hommes d'équipage qui, dans leur majorité, ne purent survivre à ces destructions. Ainsi, 320 aviateurs britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, américains ou chypriotes perdirent la vie dans le département de la Marne. Si 71 d'entre eux reposent désormais dans des nécropoles nationales extérieures au département, telles que le carré des forces du Commonwealth du cimetière de Clichy, Hauts-de-Seine (23) ; du Terlincthun British Cemetery de Wimille, Pas-de-Calais (16) ; du Canadian War Cemetery de Dieppe, Seine-Maritime (10) ; du Royal Canadian Air Force Cemetery de Choloy, Meurthe-et-Moselle (21) ou du cimetière communal des Martres-de-Veyre, dans le Puy-de-Dôme (1), 241 de leurs compagnons d'infortune ont été inhumés dans les cimetières de 46 communes du département. Tristement, 8 aviateurs n'ont toutefois à ce jour aucune sépulture connue.

La moyenne d'âge connue de 266 de ces victimes peut-être établie à presque 24 ans (23,85...), les plus jeunes aviateurs à avoir perdu la vie dans la Marne étant l'AC1 John Leonard Marsh (RAF, décédé en 1939), le P/O Frank Edward Gardiner (RAF, décédé en 1942) et le Sgt Patrick Langston Brougham-Faddy (RAF, décédé en 1943). Tous étaient alors âgés de 18 ans. Le plus ancien semble devoir être le P/O Thomas Aubrey Rogers (RCAF), qui trouve la mort en 1944 à l'âge de 39 ans.

Quant aux 189 survivants, si 39 furent suffisamment "heureux" pour tomber dans leurs propres lignes avant que l'adversaire n'y prenne pied ou après qu'il en ait été chassé, 73 autres en revanche furent capturés, soit directement du fait de l'occupant, soit pour lui avoir été livré par des serviteurs zélés du régime de Vichy, soit encore sur dénonciation de certains de nos malheureux compatriotes...

Reste que 77 aviateurs pourront se soustraire aux recherches actives de l'occupant grâce à l'action courageuse d'hommes et de femmes, français ou étranger qui, malgré les dangers encourus pour eux même et pour leur proche, accompliront leur devoir, préservant par la même leur âme et leur honneur. Certains en souffriront d'ailleurs dans leurs chairs et connaîtront arrestation, tortures et déportation.
Toutefois, ce n'est qu'à compter de l'année 1944 que le nombre d'évadés sera supérieur à celui des prisonniers.

Loin de vouloir réduire ces hommes à de simples chiffres, les tableaux qui suivent n'avaient pas vocation à être publié sur ce site. Ils ne devaient, à l'origine, que me permettre de répondre aux diverses interrogations qui étaient miennes en dégageant d'éventuelles tendances.
Y avait-il un appareil susceptible d'offrir de meilleurs chances de survie à son équipage ?
De même, un poste était-il plus "sûr" qu'un autre ?
Un rescapé, parachuté en 1941 avait-il autant de chance d'être recueilli par la Résistance qu'en 1944 ? etc.
J'ai cependant décidé d'inclure ces tableaux dans ces pages, jugeant que certains d'entre-vous pourraient être amenés à se poser ces mêmes questions.

Pertes recensées dans le département de la Marne :

Type d'appareils
Appareils
perdus
Aviateurs
impliqués
Tués
P.G.
Évadés
Sauf*
                             
 
Fairey Battle :
 
13
 
34
 
19
 
6
 
0
 
9
 
 
Bristol Blenheim :
 
1
 
3
 
1
 
2
 
0
 
0
 
 

De Havilland Mosquito :

 
1
 
2
 
2
 
0
 
0
 
0
 
 
Armstrong Withworth Whitley :
 
2
 
10
 
0
 
0
 
/
 
10
 
 

Vickers Wellington :

 
2
 
11
 
5
 
0
 
6
 
0
 
 

Short Stirling :

 
9
 
65
 
56
 
7
 
2
 
/
 
 

Handley Page Halifax :

 
13
 
93
 
38
 
28
 
27
 
/
 
 
Avro Lancaster :
 
41
 
291
 
199
 
30
 
42
 
20
 
 
                 
 
Total :
 

82

 

509

 

320

 

73

 

77

 
39
 
* tombés dans leurs lignes


Détail, par années, des pertes recensées dans le département de la Marne :

Année_
Appareils
perdus
Aviateurs
impliqués
Tués
P.G.
Évadés
Sauf*
                             
 
1939
 
5
 
19
 
6
 
-
 
-
 
13
 
 
1940
 
11
 
28
 
14
 
8
 
0
 
6
 
 

1941

 
1
 
6
 
0
 
0
 
6
 
-
 
 
1942
 
4
 
25
 
17
 
8
 
0
 
-
 
 

1943

 
20
 
146
 
101
 
32
 
13
 
-
 
 

1944

 
40
 
278
 
182
 
25
 
58
 
13
 
 

1945

 
1
 
7
 
0
 
-
 
-
 
7
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Total
 

82

 

509

 

320

 

73

 

77

 
39
 
* tombés dans leurs lignes


Détails, par années & par arme d'appartenance, des pertes recensées dans le département de la Marne :

Année_
 
RAF
 
RCAF
 
RAAF
 
RNZAF
 
Autre*
 
Total aviateurs
 
Impliqués
     
     
                                                                         
 
1939
 
6
-
13
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
 
6
 
-
13
 
19
 
 
1940
 
14
8
6
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
 
14
8
6
 
28
 
 

1941

 
0
0
4
-
-
-
0
0
1
0
0
1
-
 
0
0
6
 
6
 
 
1942
 
9
5
0
5
2
0
0
1
0
3
0
0
-
 
17
 
8
0
 
25
 
 

1943

 
86
23
10
6
6
3
6
3
0
3
0
0
-
 
101
 
32
13
 
146
 
 

1944

 
134
14
37
31
10
21
14
0
13
2
1
0
1
 
182
 
25
71
 
278
 
 

1945

 
0
-
7
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
 
-
 
-
7
 
7
 
 
 
 
 
 
 
 
Total
 
249
50
77
42
18
24
20
4
14
8
1
1
1
 
320
 
73
116
 
509
 
* 7th Battalion Duke of Wellington's (West Riding Regiment)
  Tué
  Capturé
  Évadé & sauf


 
   
 
 
Sources principales :
 
Bomber Command Losses, W. R. CHORLEY ;
The_Bomber_Command_War_Diaries,_M._MIDDELBROOK_&_C._EVERITT ;
Bomber Command Flypast special, Fly Past ;
Bomber Command website.

Drapeau animé 3D Flagsdotcom
 
 
 
Recherche :

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